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“Paris Magnum” La capitale par les plus grands photoreporters
à l’Hôtel de Ville, salle Saint-Jean, Paris

du 12 décembre 2014 au 28 mars 2015



http://quefaire.paris.fr/fiche/95548_paris_magnum

 

© Anne-Frédérique Fer, vernissage presse, le 11 décembre 2014.

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Légendes de gauche à droite :
1/  Elliott Erwitt, Simone de Beauvoir chez elle, 1949. © Elliott Erwitt / Magnum Photos.
2/  Robert Capa, Course à l’hippodrome de Longchamp, 1952. © Robert Capa / International Center of Photography / Magnum Photos.
3/  Bruno Barbey, Nuit d’émeute au Quartier latin, 10 et 11 mai 1968. © Bruno Barbey / Magnum Photos.

 


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Interview de Clément Saccomani, Editorial Manager à Magnum Paris,
par Anne-Frédérique Fer, Paris, le 11 décembre 2014, durée 12'34". © FranceFineArt.

 


texte de Audrey Parvais, rédactrice pour FranceFineArt.

 

Du 12 décembre 2014 au 28 mars 2015, l’Hôtel de ville présente l’exposition « Paris Magnum ». En 150 photographies réalisées par les membres de l’agence, de Henri Cartier-Bresson et Robert Capa à Martine Franck et Harry Gryuaert, elle permet de redécouvrir l’histoire sociale et culturelle de Paris.

Paris, une histoire en images
Paris, ses rues, ses habitants, les événements dont elle a été témoin, qu’elle a initiés parfois, voilà le sujet vaste et fascinant dont les photoreporters de l’agence Magnum ont tenté de capter l’essence. À travers leur objectif, la capitale dévoile 80 ans de sa vie, intime comme publique, du petit geste du quotidien accompli par un homme au travail aux bourdonnantes scènes de liesse ou d’émeutes. Spectateurs privilégiés de l’Histoire qui s’écrit, les photographes ont saisi avec acuité mais toujours avec le recul nécessaire les soubresauts politiques et sociaux qui l’ont secouée tour à tour. Les années 1930 sont ainsi marquées par les revendications sociales, les grèves, comme celle des ouvriers d’une usine de métallurgie de Saint-Ouen (1936) dont David « Chim » Seymour capture les sourires, mais aussi les manifestations qui réclament et défendent un nouvel ordre social jugé plus juste (Robert Capa, Partisans du Front Populaire, 1936, et Manifestation pour l’amitié franco-soviétique, 1936). Puis vient la guerre et la Libération, que Capa immortalise en suivant les résistants au plus près des combats, fixant la tension des regards dans les rues noires de gravats.

20 ans plus tard, c’est au tour d’une autre page de l’histoire d’attirer le regard des photoreporters : Mai 68 et sa révolte spontanée entraînant une rupture sociale et culturelle avec l’ordre traditionnel. Bruno Barbey en saisit la dimension quand il photographie, lors d’une manifestation, un jeune homme monté sur un feu de signalisation qui, point brandi en signe de défi, domine la marée humaine s’écoulant à ses pieds. Mais face à cette image lumineuse de la jeunesse, se dresse Nuit d’émeute dans le Quartier Latin (11 mai 1968), où l’écran noir flou de la nuit est impitoyablement déchiré par les éclats de lumière sur les casques des forces de police qui repoussent les manifestants. Émergence du MLF (La Marche des femmes, Martine Franck, 1979) mais aussi construction de la Pyramide du Louvre (Raymond Depardon, 1987) et de La Grande Arche de la Défense suivent comme tout autant d’événements susceptibles de façonner l’identité de Paris. De la fondation de l’agence à aujourd’hui, les photoreporters de Magnum ont inscrit dans le grain de leurs clichés l’histoire de la capitale, son évolution et ses changements opérés par de brusques révolutions ou, au contraire, par une lente et profonde transformation.

Photoreportage et poésie
Mais la vie quotidienne de Paris, ses contradictions, ses paysages urbains et ses habitants affairés ou oisifs se dévoilent tout autant sous l’objectif. Avec Montmartre (1936), Herbert List nous donne un aperçu des années 1930 avec ses rues aux murs couvertes d’affiches et de réclames et son immeuble de briques sur lequel on peut lire une publicité pour LU. Et quand Cartier-Bresson photographie la bourgeoisie parisienne au chapeau-melon si reconnaissable (Avenue du Maine, 1932), Marc Riboud préfère nous entraîner dans l’univers des Peintres de la Tour Eiffel (1953) où, face à la dangerosité et la difficulté du travail, les ouvriers forment une communauté soudée aux visages tachés mais sur lesquels se dessine un large sourire franc et rieur. Raymond Depardon, lui, choisit d’explorer les Halles alors qu’a lieu une dégustation d’huîtres (Dégustation d’huîtres aux Halles, 1967), où l’abondance presque indécente qui s’étale sur la longue nappe blanche tendue sur une table pour l’occasion fait contrepoint à une photographie de Bruce Davidson, où l’on peut voir une femme, emmitouflée dans son manteau noir qui ne laisse voir que son visage blanc, s’installer sur un marché populaire (1962).

Malgré leur nature presque documentaire, ces photographies ne manquent pas non plus de saisir la poésie de la ville, saisissant comme par chance un fugace instant de grâce et révélant toute la beauté du paysage urbain. Sur Place de l’Europe, Gare Saint Lazare (Henri Cartier-Bresson, 1932), le sol humide de pluie reflète bâtiments et objets, égarant le spectateur dans un étrange jeu de miroir alors qu’une ombre floue semble traverser le cadre en courant. Henri Cartier-Bresson offre aussi une vision onirique du Pont-Neuf qui, nimbé de brume, enjambe la Seine alors qu’émergent du brouillard la pointe du square de Vert-Galant, construisant une parfaite symétrie dans l’image, et les immeubles se dressant à l’arrière-plan (Pont-Neuf et square du Vert-Galant, 1951). Mais c’est lorsque, à partir des années 1990, les photographes s’écartent du vrai photoreportage qu’ils cherchent à capturer une autre forme de poésie. L’événement historique, l’humain même, s’effacent au profit d’une autre vision de Paris, plus onirique et irréelle, comme elle nous apparaît sur ce cliché dévoré par le ciel bleu où coule sereinement une Seine gardée par deux rangées d’immeubles baignés par une lumière dorée.

Audrey Parvais

 


extrait du communiqué de presse :

 

Commissariat : Magnum Photos (Andréa Holzherr, Responsable des expositions) / Département des expositions



Depuis quatre-vingts ans, les photographes de Magnum Photos – Cartier-Bresson, Capa, Riboud, Parr, Depardon… – accompagnent de leur regard les métamorphoses de Paris et de ses habitants. Un témoignage sensible et exigeant, présenté au fil de 150 clichés, du 12 décembre 2014 au 28 mars 2015, à l’Hôtel de Ville. Témoins sensibles de leur temps, les photoreporters de Magnum Photos immortalisent quatre-vingts ans d’histoire de Paris.

En décidant, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de devenir les propriétaires exclusifs de leurs images, les membres de Magnum Photos ont contribué à faire évoluer le rapport à la photographie. Choix des reportages, sélection des clichés, contrôle de la diffusion… : leur exigence a transformé le statut du photographe et la place réservée à son oeuvre.

À la fois témoins et artistes de leur temps, les photoreporters de Magnum Photos ont accompagné les mutations du XXe siècle. Avec l’exposition « Paris Magnum », à travers leur regard, se déroulent près de quatre-vingts ans de l’histoire de Paris : les révolutions comme les petits conflits, les moments de grâce comme les instants tragiques, les célébrités et les grands hommes comme les anonymes.

La liesse et le poing dressé du Front populaire font écho au dur monde du travail des années trente. Les lendemains de la guerre sont encore marqués par l’inquiétude et la misère. Puis, viennent les années pop et Mai 68 qui enflamment les rues et les esprits. Plus tard, « Libé » s’impose dans le paysage journalistique et Nuit Blanche fait de la capitale un musée à ciel ouvert.

Personnage à part entière de l’exposition, Paris s’y dévoile en perpétuelle transformation. Les grands ensembles modifient en profondeur la silhouette de la ville. Les institutions culturelles font aussi le pari de la modernité. Le Louvre affiche sa pyramide et le Centre Pompidou, son architecture novatrice. La Défense impose sa Grande Arche dans le paysage et annonce le Grand Paris, preuve de la soif de vivre toujours renouvelée de la capitale.




Magnum Photos

Magnum Photos est fondée en 1947, soit deux ans après la Seconde Guerre mondiale. Elle doit son existence à quatre photographes : Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, George Rodger et David « Chim » Seymour. Ils créent Magnum à leur image. Une agence qui accorde autant d’intérêt à la chose vue qu’à la façon de la voir.

Magnum, initialement installée à Paris et à New York, (aujourd’hui à Londres et à Tokyo), s’écarte de façon radicale des pratiques conventionnelles de la presse de l’époque : d’une part par sa structure, celle d’une coopérative d’actionnaires-photographes, d’autre part par la revendication de droits d’auteur comme propriété exclusive des photographes.

Avec Magnum Photos, les photographes se donnent les moyens de l’indépendance, corollaire indispensable de leur engagement. Choix des reportages, de leur durée, sélection des photographies, propriété des négatifs, maîtrise du copyright et contrôle de la diffusion : tous les attributs du statut d’auteur sont dictés.

Le recrutement des nouveaux membres, fidèle aux statuts de l’agence, est un parcours de l’exigence. Le candidat photographe est sous observation pour une période de quatre à huit ans, avant de pouvoir accéder au rang de membre et donc d’actionnaire.

Il devra donner la preuve de sa singularité, tant par son écriture photographique que par la rigueur, la persistance de son travail de documentation et d’information.

Si le procédé est long et méticuleux, il permet à Magnum de représenter autant d’approches de la réalité que d’auteurs.

Aujourd’hui, le collectif est constitué de près de 80 photographes, dont 60 membres.