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“Raphaël, Titien, Michel-Ange” dessins italiens du Städel Museum de Francfort (1430-1600)
à la fondation Custodia, Paris

du 21 mars au 21 juin 2015



www.fondationcustodia.fr

 

© Anne-Frédérique Fer, présentation presse, le 20 mars 2015.

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Légendes de gauche à droite :
1/  Antonio Allegri, dit Correggio, Prophète assis s’appuyant sur un livre, vers 1523. Pinceau (et plume ?) et encre brune, lavis brun, sanguine, sur papier préparé rouge, 98 x 128 mm. © Städel Museum, Frankfurt am Main.
2/  Raphaël, Étude d’un cavalier, vers 1511/1512. Pointe d’argent, rehauts de blanc de plomb, sur papier préparé gris, 198 x 144 mm. © Städel Museum, Frankfurt am Main.
3/  Venise, vers 1500, Tête d’homme regardant vers le ciel. Pierre noire (ou fusain ?), sur papier préparé gris-brun, 353 x 255 mm. © Städel Museum, Frankfurt am Main.

 


texte de Sylvain Silleran, rédactrice pour FranceFineArt.

 

En exposant près d'une centaine de dessins de la Renaissance et du XVIé siècle de la collection du Städel Museum de Francfort, la Fondation Custodia nous fait entrer dans les ateliers de ces artistes iconiques. Le dessin, d'abord d'étude, esquisse préparatoire à la fresque ou à la toile, devient une œuvre à part entière. La spontanéité de la sanguine et de l'encre sur le papier crée une connexion directe, émotionnelle avec la main de l'artiste, effaçant la distance des siècles.

Giulio Pippi, dans Céphale pleurant Procris, dessine une grande scène tragique d'inspiration classique que les dimensions et l'aboutissement pourraient destiner à être une œuvre autonome. Les plans sont finement découpés, composant plusieurs niveaux de profondeur. Les personnages ciselés comme dans la pierre d'une façade semblent s'animer pour s'extraire du plan où ils sont tracés. Progressivement, le dessin perd en netteté, de manière presque imperceptible d'abord puis de plus en plus franchement pour s'estomper dans un dernier plan brumeux rappelant le sfumato.

La variété des approches et des styles illustre l'explosion artistique qui suivit la Renaissance. La finesse du trait de Lelio Orsi, la fragilité troublante de quelques courbes minces tracées à la plume émeuvent. Avec une extrême économie de moyens, un âne portant une femme avec enfant se mettent en mouvement, l'esquisse traduisant lenteur et poids.

Au contraire, Parmigianino élabore une écriture unique, très personnelle, exubérante de rondeurs et de circonvolutions. Ses dessins rayonnent d'audace et de sensualité. A partir d'une calligraphie dansante, il modèle des corps charnels, célébrations érotiques de la jeunesse, de l'ivresse et de la vie.

Jacopo Ligozzi développe une technique très particulière, rehaussant son dessin de peinture d'or. Ombres et lumières sont de fines stries sombres et dorées se superposant comme dans une gravure. Les contours sont accentués et donnent un relief au personnage, lui donnant les volumes saisissants d'une statue de bronze. Le modelé est plein de souplesse, d'innocence et de douceur enfantines.

Justinien recevant les pandectes des mains de Tribonien est un dessin de Raphaël réalisé entièrement au lavis. Nul trait ou contour ici mais juste des ombres brunes qui transforment le papier crème en une lumière aveuglante, divine, descendant du ciel pour sculpter expressions, postures et drapés. Cette étude transcende le thème abordé pour exprimer le religieux. Le traitement réduit à une opposition entre ombre et lumière est surprenant de modernité, il a marqué jusqu'à la culture populaire qu'est la bande dessinée contemporaine, des comics au manga japonais.

Admirer des dessins originaux des grands maîtres classiques est déjà une expérience unique en soi, un voyage esthétique et artistique. Cette riche collection est également un retour aux sources, ces œuvres pouvant se lire comme les esquisses originelles de tout ce que nous avons peint, dessiné et sculpté depuis six siècles.

Sylvain Silleran

 


extrait du communiqué de presse :

 

La Fondation Custodia est heureuse de présenter à Paris une sélection de l'exceptionnel ensemble de dessins des maîtres italiens de la Renaissance du Städel Museum de Francfort. Durant trois mois ce printemps, le public pourra admirer près de 90 chefs-d’œuvre des XVe et XVIe siècles de Raphaël, Titien, Michel-Ange, ou encore du Corrège, qui seront exposés dans les salles de l’hôtel Lévis-Mirepoix au 121 rue de Lille à Paris.

Présenter au public français le meilleur de l’art du dessin est l’une des missions de la Fondation Custodia. La collection du Städel Museum, peu connue, fait partie de ces trésors qu’elle souhaite faire partager et ce fonds magnifique nous réserve de nombreuses surprises. Ses dessins italiens ont récemment fait l’objet de recherches approfondies et des interprétations inédites, ainsi que de nouvelles attributions, sont à découvrir dans le catalogue de l’exposition rédigé par Joachim Jacoby.

La collection provient de la donation de Johann Friedrich Städel, banquier et grand collectionneur d’art. Son testament, rédigé en 1815, fut à l’origine de la création de la plus ancienne fondation-musée d’Allemagne, le Städel Museum. L’ensemble de dessins italiens de la Renaissance fut complété, au milieu du XIXe siècle, par l’historien de l’art John David Passavant et constitue aujourd’hui une partie de la collection de tout premier ordre, illustrant les différents courants artistiques de cette époque. Avant sa venue à Paris, cette exposition a été présentée au Städel Museum de Francfort.

L’exposition proposera un large choix de dessins représentatifs de la période allant de 1430 à 1600, dont certains rarement ou jamais dévoilés au public.

En premier lieu, des feuilles du XVe siècle attireront l’attention : quatre élégantes figures gothiques, en pied, du cercle de Pisanello (vers 1430), une étude à la pointe de métal, d’après nature, pour une Crucifixion (vers 1450), le dessin vénitien d’un jeune homme regardant vers le ciel (vers 1500), ou encore l’esquisse exceptionnelle d’une scène de deuil par l’artiste Marco Zoppo (vers 1470).

Entre 1500 et 1525, l’art italien prenait une toute nouvelle direction. Cette période fut marquée par les artistes Fra Bartolommeo et Michel-Ange à Florence, Raphaël à Rome, Le Corrège à Parme et Titien à Venise, tous représentés au sein de l’exposition à la Fondation Custodia. Cette génération d’artistes travaillant dans les premières années du Cinquecento a produit des œuvres pionnières qui eurent une influence primordiale sur leur époque. Aux côtés des Têtes grotesques de Michel-Ange (vers 1525), trois dessins de Raphaël dont l’Étude d’un cavalier qui a servi à la réalisation d’une fresque en 1511/12 pour la Chambre d’Héliodore au Palais du Vatican ; Le prophète assis, du Corrège (vers 1523), ou encore l’étude tout à fait unique du Titien, préparatoire pour le retable de l’église Santi Nazaro e Celso à Brescia (vers 1519/20).

L’exposition permettra aussi de contempler des œuvres de la seconde partie du XVIe siècle provenant d’Italie centrale et du Nord, couvrant une large zone géographique allant de Gênes à Venise.

Les dessins d’Italie centrale, avec Florence et Rome, regroupent des œuvres vouées à la représentation du pouvoir et aux raffinements de la vie de cour. Ainsi, des dessins de Pontormo, Vasari, Zuccari, Poccetti et le Primatice ou encore de l’étude de Bronzino pour un plafond du Palazzo Vecchio à Florence (vers 1539/40).

La sélection consacrée à l’Italie du Nord délectera l’œil du visiteur avec ses puissants dessins : la Vénus pleurant la mort d’Adonis (vers 1560) du Gênois Luca Cambiaso, l’Adoration des Mages (vers 1527/30) et le Portrait d’homme à la sanguine du très influent Parmigianino, ainsi qu’une Étude d’après la tête du Giuliano de Medici de Michel-Ange (vers 1545/60 ?) exécutée par Tintoretto, sans doute d’après un moulage de la célèbre sculpture de la chapelle Médicis à Florence.

Seront exposés, des dessins préparatoires pour des fresques et tableaux, des études sur le motif, des paysages, ainsi que des portraits et des dessins finis, œuvres d’art autonomes, comme la représentation de Narcisse, au crayon noir, de Giuseppe Cesari, dit Cavalier d’Arpino (vers 1595/1600).

La diversité et la qualité des œuvres de cette exposition, Raphaël, Titien, Michel-Ange. Dessins italiens du Städel Museum de Francfort (1430-1600), sont l’occasion d’appréhender l’ensemble des fonctions et techniques du dessin à la Renaissance, période à laquelle cet art connaît un épanouissement sans précédent.