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“Céleste Boursier-Mougenot” acquaalta
au Palais de Tokyo, Paris

du 24 juin au 13 septembre 2015



www.palaisdetokyo.com

 

© Anne-Frédérique Fer, présentation presse avec Céleste Boursier-Mougenot, le 22 juin 2015.

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1/ 2/  Céleste Boursier-Mougenot, acquaalta, document préparatoire, 2015. Courtesy de l’artiste et Galerie Xippas, Paris ; Paula Cooper Gallery, New York ; Galerie Mario Mazzoli, Berlin.

 


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Interview de Daria de Beauvais, commissaire de l'exposition,
par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 15 juin 2015, durée 11'07". © FranceFineArt.

 


texte de Clémentine Randon-Tabas, rédactrice pour FranceFineArt.

 

Une oeuvre qui se vit

L’Acquaalta n’est pas une oeuvre d’art qui se regarde mais une oeuvre d’art dans laquelle on s’immerge, qui se vit dans l’éveil de tous nos sens. Le visiteur est plongé dans une obscurité presque totale dans laquelle se distingue ici et là les barques qui naviguent d’une rive à l’autre. Les reflets des colonnes et de l’eau amplifient encore le sentiment de désorientation. Les limites de l’eau, des murs et du plafond deviennent parfois indéfinissables, alors que l’opacité de l’eau semble nous renvoyer directement aux profondeurs de nous même. Sur le rivage les spectateurs /acteurs peuvent attendre telles des âmes attendant que Charon les emmène vers l’au delà. La traversée est un thème qui ne manque pas d’évoquer la transformation et le voyage initiatique. Envouté par cette atmosphère fantasmagorique, on peut choisir d’être passager ou passeur sur une des barques mises à notre disposition. La musique drone, lancinante achève de nous transporter dans un autre monde. C’est une expérience sensorielle, magique et troublante qui nous est offerte par Céleste Boursier-Mougenot.


Intéraction et écosysteme

L’implication du visiteur dans l’oeuvre est donc multiple, outre son voyage dans les barques, son passage est crypté et se retrouve dans les images projetées ainsi que dans la musique. Nous ne sommes pas des entités séparées de notre monde. Tout est en interaction. Il faut faire preuve de finesse et de conscience pour ne pas rompre l’équilibre fragile de notre écosystème. Car Acquaalta renvoie à une réalité inquiétante, celle des montées des eaux à Venise, qui menacent dans le futur de l’engloutir. Les actions irréfléchies des humains ne sont pas sans conséquences. Cette traversée de notre psychée nous invite, à un autre niveau, à prendre nos responsabilités. Immergé dans l’oeuvre, les pieds légèrement mouillés dans la barque, ce que nous offre l’artiste, c’est peut être un voyage vers une conscience approfondie des liens qui nous unissent à notre monde environnant.

Clémentine Randon-Tabas

 


extrait du communiqué de presse :

 

Commissaire : Daria de Beauvais



Le Palais de Tokyo présente cet été une importante installation de Céleste Boursier-Mougenot qui métamorphosera profondément les espaces d’exposition. Cet artiste singulier de la scène française représente au même moment la France à la 56ème Biennale d’art contemporain de Venise.

« Il n’y a que cela qui m’intéresse : expérimenter ! »

L’acquaalta est cette inondation annuelle touchant la lagune vénitienne. À l’été 2015, ce même phénomène s’empare des espaces du Palais de Tokyo. Céleste Boursier-Mougenot imagine en effet un paysage lacustre qui entraîne le visiteur dans une expérience visuelle, tactile et auditive modifiant sa perception des lieux : « le déploiement dans l’espace d’un dispositif, en relation avec un lieu ou une situation, correspond pour moi à ce que d’autres musiciens accomplissent en faisant des concerts. » En traversant cet espace inondé, le visiteur est introduit dans un flux d’images créant les prémices d’un voyage halluciné qui l’amènerait à naviguer à travers sa propre psyché. Avec cette production inédite, c’est aussi un nouveau format d’exposition qui est exploré.

L’artiste complète ce paysage par un zombiedrone, principe qu’il a déjà expérimenté et qu’il définit ainsi : « un système de traitement du signal vidéo crypte les images, ne laissant apparaître sur l’écran que les parties en mouvement dans le cadre. Tout le reste se fond dans un noir opaque. L’effet saisissant de la transformation de l’image vidée de son message est accompagné par un son lancinant, provenant de la conversion du flux des images en un continuum sonore. »

C’est donc un continuum, une onde, qui guide le visiteur dans l’exposition via un dispositif cohérent ayant pour fonction la connexion des flux (des visiteurs, de l’eau, de la vidéo et du son) : les visiteurs parcourent l’exposition, leurs mouvements étant filmés et retransmis en direct sur les murs. Tous se retrouvent sur une île, lieu d’un éboulement minéral où chacun pourra s’allonger pour mieux se noyer dans les images environnantes. Tout au long du parcours, le visiteur est acteur de l’exposition, son sujet et son objet. À l’issue de cette expérience sensible et hallucinatoire, et selon les mots de l’artiste, « pour sortir de l’exposition, le visiteur traversera – littéralement – l’image. »

Cet univers fantasmagorique évoque autant la mythologie antique (de Narcisse se noyant dans son reflet à Ulysse résistant au chant des sirènes) que le cinéma (la fuite en barque des enfants dans «La Nuit du Chasseur»). Le rapport entre nature et culture est ici renversé, l’artiste étant comme il le dit lui-même « un simple médium, permettant aux visiteurs de donner des formes à leur sensations », soit l’oubli de soi face à des images et des sons hypnotiques. (Daria de Beauvais, commissaire de l’exposition)

Né en 1961 à Nice, Céleste Boursier-Mougenot vit et travaille à Sète. Ses travaux, bien que présentés depuis près de vingt ans dans les lieux d’art contemporain, en France comme à l’étranger, sont avant tout à considérer comme ceux d’un musicien. Après avoir été, de 1985 à 1994, le compositeur de la compagnie « Side One Posthume Théâtre » de l’auteur et metteur en scène Pascal Rambert, il entreprend de donner une forme autonome à sa musique en réalisant des installations.

Céleste Boursier-Mougenot élabore des dispositifs à partir de situations et d’objets divers dont il parvient à extraire un potentiel sonore et musical. À travers ces dispositifs, l’artiste reconfigure les possibilités rythmiques et mélodiques, aussi bien visuelles que sonores, des matériaux et des médias qu’il emploie, pour générer, le plus souvent en direct, des formes sonores qu’il qualifie de « vivantes ».

Déployé en relation étroite avec les données architecturales ou environnementales du lieu dans lequel il est exposé, chaque dispositif constitue un cadre propice à une expérience pluri-sensorielle qui permet au visiteur de prendre conscience des processus qui engendrent les sons et les images. Depuis quelques années, il étend sa pratique à la chorégraphie, en appliquant à des objets en mouvement sa démarche « compositionnelle ».

Céleste Boursier-Mougenot présente son travail à l’international depuis un certain nombre d’années. Il a d’ailleurs été le premier artiste français lauréat de l’International Studio Program (PS1) à New York en 1998-1999. On a pu voir récemment son travail exposé à la National Gallery Victoria de Melbourne (2013), au Barbican Centre à Londres (2010) ou encore à la Pinacothèque de Sao Paulo (2009).

L’année 2015 s’annonce exceptionnelle pour l’artiste puisqu’en parallèle de son exposition au Palais de Tokyo, il présente à la 56e Biennale d’art contemporain de Venise (09 mai – 22 novembre 2015), rêvolutions, un projet inédit et ambitieux, qui transforme le Pavillon français en un îlot organique et sonore. Le commissariat du Pavillon français, placé sous la conduite de l’Institut français, est assuré par Emma Lavigne, nouvelle directrice du Centre Pompidou-Metz, qui y présente une nouvelle version d’une de ses oeuvres les plus connues, clinamen. Il sera également invité au Musée des Beaux-Arts de Montréal en novembre avec from here to hear, une autre pièce de renom.

Céleste Boursier-Mougenot est actuellement représenté par les galeries Paula Cooper (New York), Xippas (Paris, Genève, Montevideo, Athènes) et Mario Mazzoli (Berlin).


Un livre monographique publié par le Palais de Tokyo accompagne cette exposition. il intègre un entretien entre Céleste Boursier-Mougenot et Daria de Beauvais ainsi qu’un texte inédit de Frédérique Aït-Touati.