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“Quand Charcot gagnait le sud” 80e anniversaire de la disparition du commandant Charcot
à la Maison de l'Amérique latine, Paris

du 1er septembre au 1er octobre 2016



www.mal217.org

www.observatoirephotographiquedespoles.org

 

© Anne-Frédérique Fer, présentation presse par Agnès Voltz, le 1er septembre 2016.

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Légendes de gauche à droite :
1/  Gourdon et Pléneau autour d’une coupe de champagne en l’honneur de l’anniversaire de Charcot le 15 juillet 1904. © Ernest Gourdon/courtesy Barbara Caillot.
2/  © Louis Gain/Météo-France/courtesy MIMDI.
3/  Hommes en barque avançant entre les glaciers – Pourquoi-Pas ?. © Louis Gain/MNHN/courtesy MIMDI.

 


1953_Charcot audio
Interview de Agnès Voltz, commissaire de l'exposition,
par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 1er septembre 2016, durée 15'34". © FranceFineArt.

 


texte de Sylvain Silleran, rédacteur pour FranceFineArt.

 

Pour marquer le 80éme anniversaire de la disparition du commandant Charcot, La Maison de l'Amérique latine présente Quand Charcot gagnait le sud 1936 - 2016. Cette exposition, si elle est petite, n'en est pas moins sympathique: les tirages photographiques exposés se lisent avec la légèreté encore estivale d'une bande dessinée d'aventures.

Charcot prend la pose sur le pont de son navire ancré dans le port de Buenos Aires, fume une cigarette avec une élégance de gentleman, une certaine désinvolture, la main dans la poche de sa veste impeccable. Rien ne permet de deviner l'exploit humain et technique qu'il va réaliser.

L'immensité des paysages de glace réduit le navire de l'expédition à l'échelle d'une maquette. Le blanc aveuglant qui emplit tout l'espace du cadre brûle la plaque photographique comme de l'acide. La nature est une reine absolue, impitoyable, un piège létal dans les mâchoires duquel seuls quelques fous osent s'aventurer. L'équipe progresse dans une barque entre deux énormes blocs de glace dans un cadrage centré qui éveille dans notre imaginaire les images issues du cinéma fantastique comme les décors irréels du Seigneur des Anneaux. Un morceau de glace de mer posé devant un journal émerveille par la pureté de sa transparence, ressemblant à une énorme pierre précieuse.

Pourtant les clichés ne montrent pas l'éprouvante difficulté de l'expédition. Au contraire, la vie quotidienne documentée ici offre la proximité des photos de famille. On fait sa toilette sur le pont, un marin se rase torse nu, d'autres préparent les repas sur une imposante batterie de cuisine posée à même la glace. A bord, des animaux de compagnie entourent les hommes d'équipage : des chiens mais également un cochon viennent quémander de la nourriture aux cuisines.

Lorsque l'on procède à l'envoi d'un ballon météo, le temps semble avoir effacé l'aspect scientifique de l'action, il ne reste que deux hommes, silhouettes sombres jouant, regardant le ballon prendre son envol avec un émerveillement d'enfant. Dans un petit jardin intérieur, des pots dans lesquels sont cultivées avec soin des jacinthes contrastent avec cette autre cabine où une équipe s'affaire scientifiquement à empailler des animaux, ou bien ces quartiers de baleine suspendus à la coque. Cette lutte entre la vie et la mort, ce défi lancé au coin le plus inhospitalier de la terre n'empêche pas l'expression d'une grande classe. Pour fêter l'anniversaire de Charcot, on pose une table pliante et des fauteuils d'osier sur la banquise pour partager une bouteille de champagne.

Dans une vitrine au centre, le pull de marin d'un des membres de l'expédition vient rappeler que cette épopée n'est pas un roman-photo de science-fiction à la Jules Vernes, que ces hommes ont bel et bien existé et leur aventure est bien réelle.

Ce témoignage est l'occasion de s'offrir une pause bienvenue en cette rentrée. Retrouver le plaisir qu'on avait à feuilleter un album de Tintin, ne serait-ce que pour admirer le commandant Charcot jouer le disque de "Ouvre tes yeux bleus, ma mignonne" sur un phonographe devant un groupe de pingouins médusés.

Sylvain Silleran

 


extrait du communiqué de presse :

 

Commissaire : Agnès Voltz



“Ma devise n’a-t-elle pas toujours été « Pourquoi Pas ? », le résumé de mon caractère, mélange de doute et de volonté.” Jean-Baptiste Charcot - 27 janvier 1904

Jean-Baptiste Charcot est l’une des figures emblématiques de l’exploration polaire. Chef de deux expéditions en Antarctique, douze en Arctique, navigateur hors pair et grand humaniste, il a repris le flambeau de Dumont d’Urville pour le passer ensuite à Paul Émile Victor, Jean Malaurie, Jean-Louis Etienne. L’oeuvre qu’il laisse a  sa disparition, en 1936 suite au naufrage de son navire le Pourquoi-Pas ? est immense.

À l’occasion du 80e anniversaire de sa disparition, l’Observatoire Photographique des Poles a engagé un minutieux inventaire des fonds photographiques liés aux “expéditions Charcot,” dans le but de valoriser ce patrimoine photographique auprès du grand public. Quand Charcot gagnait le sud est le produit de ce travail.

Pour la Maison de l’Amérique latine, accueillir cette exposition est naturel. En effet, on le sait peu, la famille Charcot habita les lieux à la fin du XIXe siècle. Et, descendant vers le grand sud antarctique, Jean-Baptiste Charcot et son équipage, descendirent les côtes sud-américaines, faisant notamment escale à Buenos-Aires.

Cette exposition se concentre sur les expéditions en Antarctique, à bord du Français entre 1903 et 1905 puis du Pourquoi-Pas ? entre 1908 et 1910.

Les résultats de ces deux missions de dimension internationale furent considérables : 4 000 kilomètres de côtes nouvelles relevés, des cartes marines dressées et une immense moisson d’observations et relevés océanographiques, météorologiques, géologiques, ainsi que des collections zoologiques et botaniques. Plus de 75 caisses seront confiées au Museum national d’Histoire naturelle et à l’Institut Océanographique de Monaco.

Pour faire revivre ces deux expéditions, une cinquantaine de photographies issues de collections différentes*, connues ou oubliées, sont pour la première fois réunies. Cette rétrospective permettra aux visiteurs de découvrir la vie de ces hommes, marins ou scientifiques, soudés et solidaires qui affrontaient avec courage et passion les pires conditions climatiques, souvent au péril de leur vie.

Les auteurs de ces images n’étaient pas seulement photographes : Paul Pléneau était ingénieur, Louis Gain zoologue et botaniste, Ernest Gourdon géologue et glaciologue ; seul Albert Senouque, magnétiseur avait le statut de photographe officiel du Pourquoi-Pas ? Cette exposition sera aussi un hommage à leur persévérance ; photographier sous ces latitudes, maintenir en état un matériel lourd et fragile, préparer, développer puis ramener saines et sauves les plaques de verre jusqu’en France constituait un véritable exploit.

Une série de films courts, produits grâce au soutien de Météo-France, présentera des instruments météorologiques de l’époque, dont un actinomètre destiné à mesurer l’activité du soleil. D’autres feront revivre les cartes postales envoyées à sa famille par un jeune élève de la marine marchande, comme l’un des albums originaux de la famille d’Ernest Gourdon.

Enfin des documents d’époque inédits seront prêtés par les Archives du Rhône et le Yacht-Club de France.