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Michèle LESBRE   Un lac immense et blanc
Sabine Wespieser Editeur, 2011

 

 
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Légendes de gauche à droite :
1/  Portrait de Michèle Lesbre, © Philippe Matsas/Opale/Sabine Wespieser éditeur 2012.
2/  Couverture : Un lac immense et blanc de Michèle LESBRE

 


Michèle LESBRE

Un lac immense et blanc

Sabine Wespieser Editeur, 2011

 

Dans le récit d’une journée particulière à Paris, Edith, la narratrice ré-invente sa vie dans le désordre, en mélangeant les temps, les lieux, les êtres, l’Histoire, le fil conducteur de ces jeux de mémoire étant la neige. A Paris, elle attend le train de 8h15 qui doit déposer l’Italien dont elle ne connaît que la voix les courts instants du mercredi au Café lunaire où elle s’arrête avant de traverser le Jardin des Plantes, et où il parle sa langue avec le serveur de tout et de rien, et aussi de leur ville natale, Ferrare. « Au Café lunaire, l’homme et la ville se confondent, c’est à la rencontre des deux que je vais ».

Elle attendait l’Italien et c’est Antoine qui est venu. La neige qui tombe, la blancheur environnante favorisent les fondus enchaînés de cette journée : « des mots résonnent dans ma mémoire et aussi la voix qui les prononçait des dizaines d’années en arrière, un lac immense et blanc ». « Je revois la mince silhouette d’Antoine se roulant dans la neige … c’était dans un autre monde, un autre temps, c’était peut-être même un songe ». Cela se passait sur le plateau de l’Aubrac, l’hiver, quatre ans avant 1968, devant une 2CV qui avait rendu l’âme, abandonnant « quatre apprentis révolutionnaires » vaincus par l’hiver, quatre personnages pétris de rêves et d’illusions. Il ne reste que le souvenir de « trois jours irréels » auprès d’une aubergiste bonne fée qui les recueille : premiers amours, premiers combats.

Puis Antoine a disparu et sa silhouette se superpose à celle de l’Italien du delta du Po dont les brumes hantent le paysage mental de la narratrice. Bassani le ferrarais, Antonioni le cinéaste puis Marguerite Duras et la sonatine de Moderato Cantabile entendue à Paris sont le terreau de l’écriture de Michèle Lesbre. Elle leur doit la musicalité des phrases, l’ambiance onirique du roman : il neige sur un jardin public fermé et ce jardin interdit « met en rage » la narratrice, car tous les mercredis elle traverse le Jardin des Plantes où elle a rendez-vous avec un corbeau juché sur un banc : « c’est en italien que je parle à mon corbeau freux et c’est en cette langue qu’il semble vouloir répondre ». Le temps qui passe, la perte des illusions, les rendez-vous manqués, la nostalgie ont éveillé une paradoxale joyeuse mélancolie. Michèle Lesbre a l’art subtil d’entrelacer fiction et expérience intime dans un récit lumineux.

Colette Aubourg